Sylvie Géroux, le Blog

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  • Voilà déjà 4 mois que je suis installée dans une petite rue du cœur d'Amsterdam. Il m'a paru grand temps de commencer le journal d'une frenchie ex-londonienne aux Pays-bas.

    Alors qu'en est-il des clichés de la ville aux canaux ?

    Le premier qui vous frappe et pas seulement métaphoriquement  c'est le nombre de vélos. Ça grouille de partout, ça joue de la sonnette et ça fonce dard dard, sous la pluie, le vent ou la grêle. Des vélos version transport scolaire avec 3 ou 4 bambins blondinets dans le bac avant, des vélos avec parapluie, sac de courses et téléphone à la main - mais qui tient le guidon, on se demande !- des vélos tirés par le chien, d'autres tirant la pauvre bête apparemment moins solide que les mollets d'acier de son maître. Toutes sortes de version ayant toutefois un point commun : attention l'Amstellodamois ne plaisante jamais lorsqu'il chevauche son bien-aimé vélo. S'il sourit parfois, c'est à lui-même pas à vous. 

    Le côté très plaisant de ce penchant est le nombre relativement faible de voitures circulant dans Amsterdam, en particulier dans le centre. Cette quasi-absence de véhicule à moteur est très reposante côté volume sonore, et le niveau de polution est indéniablement bien moindre que dans bien des villes.

    Cependant qu'on se le dise, les habitants d'Amsterdam sont des passionnés de la pédale, et rien ne les arrête ni la météo, ni les feux rouges, ni les touristes imprudents. Pour survivre en temps que piéton, il est préférable de le savoir ! De plus le vélo est Roi au Royaume du Gouda, même lorsqu'il ne roule pas. Circuler sur les trottoirs se rapproche parfois d'une partie de Tétris. Laisser un passage libre au piéton n'est vraiment pas une priorité.

    Au final, je l'avoue, si on ne circule pas soi-même en deux roues, à la longue on a tendance à s'en méfier, voire à développer un instinct de conservation qui tend à se coller contre le mur au moindre coups de sonnette. A voir mes collègues plus anciens dans la place, cet instinct peut au fil des mois se transformer en un sentiment un peu plus agressif du genre "Le prochain qui me vire du trottoir, il finit dans le canal !" Décidément quel que soit l'endroit, partager l'asphalte n'est pas une évidence !

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    Disparition de lingerie inquiétante près de Salem

    C’est enfin l’été à Londres. Les journées s’étirent jusqu’à plus de 21 heures et les nuits sont si chaudes qu’il est difficile de trouver le sommeil. C’est le moment rêvé pour la lecture. Je me suis donc plongée ces dernières semaines dans quelques romans d’épouvante, avec l’intention non dissimulée d’espionner un peu la façon dont les auteurs parviennent à mettre en vitrine tripes, sang et cervelles.  Ayant déjà éclusé un grand nombre des Stephen King disponibles, je me suis tournée vers le grand maître de l’horreur, Graham Masterton. Et autant l’avouer, je ne me suis pas ennuyée. J’ai eu mon compte de boyaux, de malédiction et de morts douloureuses.

    Toutefois, c’est une autre spécialité locale qui m’a interpelée lors de ma dernière lecture de cet écrivain. En effet dans Le Démon des Morts, les disparitions de petites culottes sont presque aussi courantes que les meurtres sanglants. Bon, la première fois que ce détail est signalé (si je ne me trompe pas concernant la tenue vestimentaire habituelle de la défunte épouse du héros), vous vous dites : « Hum tiens, bizarre. »

    Mais c’est ensuite la jeune propriétaire d’une boutique du village, pour qui le héros ne tarde pas à succomber qui se promène sans sous-vêtement, en jupe qui plus est, et alors que l’auteur insiste sur la vague de froid qui traverse le pays. Là, j’avoue que mon sourcil droit s’est levé d’un cran, la perplexité remplaçant peu à peu l’étonnement.

    Et voilà qu’une troisième femme, l’assistante d’un vieil excentrique, plein aux as et vivant en reclus dans cette même ville, s’avère elle-aussi délaisser les dessous en tout genre. Et notre héros ne semble ni s’en formaliser, ni même s’en étonner. Ce n’est pas mon cas, bien sûr et jusqu’à la fin du roman je me suis interrogée sur le dessein qu’il y avait derrière tout cela.

    Quel rapport avec l’histoire ? Puisque nous étions dans une petite ville près de Salem, allions-nous découvrir que les sorcières pour des raisons éthiques ou ésotériques ne pouvaient supporter le carcan que représentait le slip, le string ou autres caleçons ? Ou qu’il s’agissait d’une vieille tradition du coin en hommage à Lafayette et aux sans-culottes français de la révolution ? Ou simplement, qu’une grève des routiers avait rompu l’approvisionnement de la dite lingerie ?

    N’ayant pas trouvé de réponse satisfaisante à ces questions pourtant cruciales dans le roman de Masterton, je me suis donc attaquée à sa biographie. Et c’est avec un demi-sourire un rien ironique que je découvris que l’auteur de ce livre avait également été éditeur du Penthouse, et qu’il était l’auteur de manuel sur la sexualité… Un raccourci un peu facile, me direz-vous ? Peut-être… Mais franchement, dans quel monde autre que celui du Penthouse, verrait-on une jeune femme affronter une tempête de neige en jupe et sans lingerie ? Et bien dans celui d’un roman d’épouvante de Graham Masterton ! ^_^

    Sylvie

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    Une épineuse question m’est venue alors même que je mettais en forme le petit extrait de mes lectures favorites. Que faire lorsque l’on s’aperçoit que celui qui a produit l’œuvre qu’on admire tant est tout sauf « digne » d’adoration ? Comment faire la part de l’œuvre et de son auteur ?

    Je vais prendre en exemple de cette situation celui qui a amené cette discussion, bien involontairement certainement, grand absent de ma liste Science-fiction/Fantasy, auteur des merveilleuses Chroniques d’Alvin le Faiseur et du non moins fameux Cycle d’Ender : J’ai nommé Orson Scott Card, brillant écrivain, à la carrière auréolée de récompenses aussi prestigieuses que le Prix Hugo, ou le Prix Nebula.

    Jusqu’ici tout va bien, comme dirait l’autre… Sauf que l’homme a aussi des idées qui sont par définition très opposées aux miennes, et qu’il est animé d’une homophobie presque aussi célèbre que ses romans. Inutile d’entrer dans les détails de son discours ici, vous trouverez tout ce qu’il faut un peu partout sur internet, si vous n’en avez pas déjà fait le tour.

    Et me voilà donc avec un dilemme. Je n’ai découvert cet aspect de M. Card que très tardivement. Cela pour une raison simple, je suis ce qu’on pourrait appeler une lectrice « irresponsable ». Je m’intéresse à l’œuvre, mais je me renseigne peu sur l’auteur. Je suis probablement la dernière lesbienne à avoir appris que Patricia Cornwell vivait avec une femme… Bon en l’occurrence, cette nouvelle a eu tendance à me rendre l’auteur inexplicablement plus sympathique, sans changer mon rapport à ses livres, en dehors d’un « Ah ! Mais c’est donc de là que venait Lucy ?! ».

    Concernant M. Card, cependant, la découverte fut des plus déstabilisantes. Je n’aurais peut-être jamais acheté ses livres, si j’avais lu ses écrits au sujet de la communauté homosexuelle. Mais maintenant que je les ai lus et aimés, que suis-je censée faire ?

    Après une longue réflexion et moult questionnements, j’en suis arrivée à la conclusion qu’il m’est impossible de faire abstraction de cette information. Une fois celle-ci exposée en pleine lumière, il m’est juste impossible de regarder ces livres avec le même œil humide d’admiration (non je ne suis pas borgne, rassurez-vous !). Le lien invisible qui me reliait à ces œuvres est brisé. Je sais au fond que jamais je ne les relirai, pas plus que je n’investirai dans d’autres productions de ce même auteur.

    S’agit-il là d’une réaction juste, en accord avec mes convictions ? Ou d’un sursaut colérique immature et partisan ? Je n’en ai aucune idée, pour être honnête. La réponse à cette question est en tout cas très personnelle, il me semble. Et chacun peut un jour avoir à décider d’ignorer une découverte déplaisante ou un auteur jusqu'ici apprécié.

    En ce qui me concerne j’ai bien conscience que les livres de M. Card vont me manquer bien plus que je ne vais leur manquer. Cet écrivain n’a évidemment pas besoin de moi pour survivre et écrire d’autres romans ou d’autres pamphlets aux remugles nauséabonds. Mais tant pis, pour moi le choix est fait. Et vous, quel serait le vôtre ?

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