Sylvie Géroux, le Blog

  • L'oeuvre ou l'auteur ? Un choix Cornélien par O.S. Card. 24 April 2013 | View comments

  • Une épineuse question m’est venue alors même que je mettais en forme le petit extrait de mes lectures favorites. Que faire lorsque l’on s’aperçoit que celui qui a produit l’œuvre qu’on admire tant est tout sauf « digne » d’adoration ? Comment faire la part de l’œuvre et de son auteur ?

    Je vais prendre en exemple de cette situation celui qui a amené cette discussion, bien involontairement certainement, grand absent de ma liste Science-fiction/Fantasy, auteur des merveilleuses Chroniques d’Alvin le Faiseur et du non moins fameux Cycle d’Ender : J’ai nommé Orson Scott Card, brillant écrivain, à la carrière auréolée de récompenses aussi prestigieuses que le Prix Hugo, ou le Prix Nebula.

    Jusqu’ici tout va bien, comme dirait l’autre… Sauf que l’homme a aussi des idées qui sont par définition très opposées aux miennes, et qu’il est animé d’une homophobie presque aussi célèbre que ses romans. Inutile d’entrer dans les détails de son discours ici, vous trouverez tout ce qu’il faut un peu partout sur internet, si vous n’en avez pas déjà fait le tour.

    Et me voilà donc avec un dilemme. Je n’ai découvert cet aspect de M. Card que très tardivement. Cela pour une raison simple, je suis ce qu’on pourrait appeler une lectrice « irresponsable ». Je m’intéresse à l’œuvre, mais je me renseigne peu sur l’auteur. Je suis probablement la dernière lesbienne à avoir appris que Patricia Cornwell vivait avec une femme… Bon en l’occurrence, cette nouvelle a eu tendance à me rendre l’auteur inexplicablement plus sympathique, sans changer mon rapport à ses livres, en dehors d’un « Ah ! Mais c’est donc de là que venait Lucy ?! ».

    Concernant M. Card, cependant, la découverte fut des plus déstabilisantes. Je n’aurais peut-être jamais acheté ses livres, si j’avais lu ses écrits au sujet de la communauté homosexuelle. Mais maintenant que je les ai lus et aimés, que suis-je censée faire ?

    Après une longue réflexion et moult questionnements, j’en suis arrivée à la conclusion qu’il m’est impossible de faire abstraction de cette information. Une fois celle-ci exposée en pleine lumière, il m’est juste impossible de regarder ces livres avec le même œil humide d’admiration (non je ne suis pas borgne, rassurez-vous !). Le lien invisible qui me reliait à ces œuvres est brisé. Je sais au fond que jamais je ne les relirai, pas plus que je n’investirai dans d’autres productions de ce même auteur.

    S’agit-il là d’une réaction juste, en accord avec mes convictions ? Ou d’un sursaut colérique immature et partisan ? Je n’en ai aucune idée, pour être honnête. La réponse à cette question est en tout cas très personnelle, il me semble. Et chacun peut un jour avoir à décider d’ignorer une découverte déplaisante ou un auteur jusqu'ici apprécié.

    En ce qui me concerne j’ai bien conscience que les livres de M. Card vont me manquer bien plus que je ne vais leur manquer. Cet écrivain n’a évidemment pas besoin de moi pour survivre et écrire d’autres romans ou d’autres pamphlets aux remugles nauséabonds. Mais tant pis, pour moi le choix est fait. Et vous, quel serait le vôtre ?

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